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Groupe de recherche à la scène comme à la ville,
nous faisons du théâtre comme d’autres font du camping, en fonction du terrain.

Nous avons l’habitude de nous installer sur un territoire, de l’arpenter, de nous y inscrire en y rencontrant ses habitants, sources d’inspiration de nos spectacles et acteurs à part entière des installations que nous y créons.

Nous utilisons des moyens scéniques divers
(mais néanmoins précis)
qui vont de la manipulation d’objets à l’incarnation plus classique de personnages et passant par la fabrication de dispositifs mécaniques.

Depuis 2008, nous avons réalisé une dizaine de bivouacs de recherche dans des laboratoires scientifiques, et tout autant auprès d’habitants, d’écoles, d’entreprises ou d’associations,
qui ont donné :

→ 7 spectacles
dont le dernier en date est L’école du risque,
auxquels s’ajouteront celui sur lequel nous travaillons en ce moment,
Le feu de l’action,
et notre prochain pour 2022
L’entorse et la règle

et

des ateliers
de toutes espèces

ainsi que

→ 4 campements scientifiques
→ 19 impromptus scientifiques
→ 1 vitrine de Noël
→ 1 livre, L’imprécis de vocabulaire mathématique
→ des expéditions en ville, en montagne ou en campagne
→ 1 jeu de divination
→ 1 série de films courts
et bien d’autres choses encore.

n+1

En partant des recherches de Clémence Gandillot, en travaillant dans les spectacles de Jean-Pierre Larroche, en imaginant sur une scène la résolution de problèmes mathématiques, en s’interrogeant sur le sens du mot « chose », en cherchant la différence qui existe entre une chose et une chaise, en interviewant des mathématiciens et en inventant d’autres, en enregistrant leurs conversations secrètes, en les retransmettant à travers des câbles et des écrans, en tentant de représenter sur scène l’espace qu’on a dans la tête, en mettant au point un siège de la réflexion, en organisant des championnats pour changer le monde, en écrivant des principes d’action, en osant monter une école du risque, en orchestrant des banquets de la médote, en rêvant de campements scientifiques, en les dressant d’Apt à Saint-Nazaire en passant par Évry, de jour comme de nuit, dans le feu de l’action, plusieurs personnes se sont progressivement constitués en groupe de théâtre au sein de la compagnie les ateliers du spectacle, le Groupe n+1.

spectacle ecole risque n+1

spectacle n+1 banquet

spectacle impromptus mathématiques

spectacle mureaux n+1

Calendrier

avenir

passé

n+1 larroche

Où fabriquez-vous vos spectacles ?

M : Dans des théâtres, et aussi dans des universités, des centres sociaux, des laboratoires de recherche, des écoles, des centres d’apprentissage ; et aussi dehors, en marchant.
B : Notre objet de recherche nous entraîne sur le terrain, dans des lieux propices à la rencontre de personnes incontournables a posteriori (après coup). Et c’est cette recherche qui devient l’objet de nos spectacles.

Pourquoi n+1 ?

M : Je crois que j’ai oublié… Notre premier spectacle s’appelle Le t de n-1.
B : Dès le départ ça pouvait prêter à confusion… Le projet était de fabriquer un spectacle qui s’appellerait Le t de n+1. Et on a commencé par faire Le t de n-1.
M : Le t de n-1, c’est le temps qui précède, le moment juste avant l’action.
B : Alors pendant longtemps on nous a appelé « les t de n ». Quand Léo a quitté le noyau permanent des n+1, on a hésité à nous rebaptiser nous-même « les n-1 ». Mais ça aurait définitivement semé le trouble.
M : Peut-être que ce n+1 parle de nos modalités d’écritures collectives, avec une variable n de collaborateurs, et toujours un +1 au prochain virage.

Vos spectacles sont plutôt engagés ou engageants ?

B : Engageants j’espère ! En tout cas notre principe a toujours été d’essayer d’entraîner nos partenaires de jeu, qu’ils soit élèves, professeurs, scientifiques, et le public en dernier ressort, de les entraîner en tant que chercheurs potentiels. Dans ce sens ils seraient plutôt engageant. Et peut-être engagés, parce qu’à force de se poser des questions sur le monde…

Où se situe le drame psychologique dans votre dernier spectacle ?

M : En 2019, le groupe n+1 créait L’école du risque. En 2020, nous n’avons pas encore réussi à pénétrer les cursus académiques.
B : Nous avons découvert récemment que la CIA avait introduit des administrateurs zélés dans l’administration russe pour paralyser le système. Comme si le meilleur moyen de bloquer une organisation serait de faire respecter à la lettre son règlement ! Pourrait-on alors le débloquer en appliquant le principe inverse ? N’être à cheval sur aucun principe ? Pour mieux réussir à les défendre ? C’est un bon exemple d’un paradoxe de l’action, et du drame psychologique qui se joue dans le feu de l’action : va-t-on réussir à ce que les paradoxes dans lesquels nous nous trouvons (puisque nous ne sommes jamais à l’abri d’une contradiction) deviennent enfin moteur ?

Êtes-vous définitivement attachés au monde de la recherche ?

M : Oui, attachés au totem de la recherche. Avec le plaisir de trouver, avec d’autres, des solutions à des problèmes nouveaux. Comme dirait Léo, si tu cherches, tu t’ouvres.
B : On s’est attachés, à de vraiment belles rencontres. C’est un monde peuplé de chercheurs de tous poils comme on à l’habitude de dire. Et il y a un principe étonnant qui se vérifie à l’usage : quand on cherche un chercheur, même si on pourrait douter de son existence, eh bien on finit par le trouver. Ça marche vraiment à chaque fois, il faut y croire.

Quand on vous dit jeu, à quoi vous pensez ?

M : Ce petit espace de liberté qui permet le mouvement. Et quand il n’y a pas de jeu, ça coince.
B : C’est de là qu’on tire notre énergie. Un peu comme en physique, il y a une différence de potentiel électrique, une tension entre deux choses écartées l’une de l’autre. Et s’il n’y a pas ce petit écart, ce petit jeu, on est collé – il y a pas de tension, pas d’énergie. L’excitation du jeu c’est ça, s’inventer quelque chose d’imaginaire pour pouvoir (avec la petite distance) le prendre très au sérieux, s’y croire et le faire. C’est de là que vient l’étincelle.

Vous n’avez jamais monté Le Misanthrope. Pourquoi ?

M : Pour la même raison que celle pour laquelle je ne suis finalement pas devenu plombier, je me suis intéressé à d’autres affaires.

Clémence Gandillot existe-t-elle vraiment ?

M : Oui, et il en existe même plusieurs. Clémence Gandillot est une légende en plus d’être une personne, elle est celle qui s’autorise à se poser de trop grandes questions, et à néanmoins y répondre par ses propres moyens : une utopiste.

Au fond, qu’est-ce que vous cherchez ?

M : Aujourd’hui, 19 avril 2020, je réponds : l’autonomie radicale.
B : Cinq jours plus tard : créer une action imaginaire qui aurait raison du réel.

Quel rapport entretenez-vous avec le monde des idées ?

M : Un rapport amoureux.
B : Amoureux je suis d’accord. Mais peut-être ce sentiment s’accompagne aussi d’une légère méfiance… On pourrait rester coincé dans le monde des idées ! À un moment en tout cas la dimension empirique prend le pas. Il faut réussir à lâcher ses idées, ce qui est pas toujours simple, on s’y est attaché à force, au fur et à mesure de leur lente élaboration. C’est fascinant en tout cas d’observer comment elle prennent corps, en se transformant.

La grande vitrine de Noël

une vitrine de Noël

des impromptus scientifiques

Le jeu de l'action et de l'énergie

un jeu de plateau

Des films courts

des films courts

Les n+1

n+1 équipe

une résidence à Apt

une résidence à Grenoble

une résidence à Nantes et Saint-Nazaire

une résidence à Toulouse

Les partenaires

quoi encore sur les n+1 ?

4 n+1

Comment en êtes-vous arrivé aux n+1?
mic                             baltha                                         clemence                               leo

En 2001, parallèlement à ma pratique de comédien, je butais sur une maîtrise d’études théâtrales. Le sujet était né d’un atelier avec Patrick Haggiag : « L’acteur, un animal autobiographique ».

Déjà, il s’agissait de trouver ma médote, de singulariser mon rapport au travail, de discerner l’activité d’auteur dans le travail d’interprétation.

En 2003, je commence à travailler avec Jean-Pierre Larroche et me familiarise petit à petit avec son langage de choses et de mots.

En 2006, je rencontre Clémence Gandillot, ses livres et ses cahiers, une poésie « d’aplomb et d’innocence » qui tente de se confronter au tout du monde. J’y trouve une folie rigoureuse, une subjectivité maximale dans sa démarche.

En 2009 c’est toujours ce même « espace » qui m’intéresse et le courage qu’il faut pour y répondre : comment ça (je) pense, comment ça (je) sent (sens) ?

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Sur scène, il y a trois personnes en prise directe avec leur pensée qui se matérialise autour d’eux. Tout joue : leur mémoire, leur intuition, leur imagination, leur avenir, leur inconscient…
C’est de la science fiction en quelque sorte; imaginez que l’on puisse avoir accès concrètement à ce territoire de l’intérieur de quelqu’un. Et si ce qui se trame là dedans pouvait se voir, s’entendre…
L’espace recèle à chaque instant les faits, ou tout du moins les indices de cette vie intérieure.
Ensuite, l’énigme reste entière. On essaye juste de bien l’éclairer.

Après avoir achevé une maîtrise de mathématiques pures et dans ce cadre, un mémoire sur la topologie du nœud de trèfle, et tandis que je commençais une aventure théâtrale singulière avec Les ateliers du spectacle, je me doutais bien qu’un jour les mathématiques referaient surface.
Et c’est Clémence Gandillot, bien plus tôt que je ne l’aurais imaginé, qui fit surface avec sous le bras une maquette de son futur livre De l’origine des mathématiques et un nombre incalculable de cahiers de brouillons. Elle était à la recherche d’autres points, comme elle disait, pour, avec elle, tracer des lignes et mettre en scène le programme de mathématiques des troisièmes !
En se penchant sur ses travaux, j’ai été d’abord séduit et intrigué par cette tentative osée et tout-à-fait personnelle d’expliquer le monde. Sa démarche faisait écho à un sentiment fort, lié à la pratique des mathématiques, qui était le plaisir de pouvoir s’autoriser, soi-même, de répondre à une question. Il ne s’agit pas d’appliquer un protocole que l’on aurait appris, mais de s’approprier un problème, et de lui inventer une solution.

Bien décidé a tracer des figures géométriques avec Clémence et le groupe des « n+1 » deux intuitions se sont vite imposées : premièrement Clémence elle-même est le matériau de ce projet et deuxièmement, il ne s’agit pas de mettre en scène les résultats de ses recherches mais plutôt sa méthode, sa démarche et d’arriver à réenclencher ses enjeux pour les mettre en jeu sur la scène.

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Au cours de notre travail, nous avons réalisé que le questionnement de Clémence appelait de nouvelles questions sans réponses. Tandis qu’elle avait déjà entrepris de comprendre le monde des choses qui nous entourent, en utilisant la logique et les outils mathématiques et puis tenté de comprendre les mathématiques elles mêmes – comment l’homme a t-il pu inventer une chose pareille ? -,  ses raisonnements, à plusieurs  reprises, comme par l’effet d’une force centrifuge, reconduisaient à une même question sous-jacente : au fond, comment ça marche dans la tête?

Et donc, ensemble, nous nous sommes saisis de cette nouvelle question pour « avancer dans le compliqué, mais simplement ».

Ma rencontre avec les choses remonte à plusieurs années. En 2004, j’écrivais « Chose, mémoire », mon mémoire de fin d’études aux Arts Déco Paris dont la soutenance pris la forme d’une représentation et me valut une mention très bien.
Là, j’allais voir le spectacle À Distances de Jean-Pierre Larroche, dans lequel étaient cités des fragments des Cahiers de Paul Valery. En les consultant, je tombais sur un croquis du triangle ABC suivi d’un petit commentaire philosophique à propos du Temps. Me tombait du ciel le projet suivant : écrire un texte pour mettre en scène le programme de mathématiques des troisièmes !
Pour ce faire, je partis à la conquête de l’espace et du temps : 3 mois sur une île. S’ensuivit De l’origine des mathématiques, un livre illustré paru aux éditions MeMo.

Je fis la connaissance des membres de la compagnie Les ateliers du spectacle, lors de la création de Promenade de tête perdue en résidence au Portugal. De retour sur notre sol français, Jean-Pierre Larroche me proposa de l’assister dans son travail de scénographe. Tel un électron libre à la recherche d’associés, je lui montrai mon affaire de mathématiques, on dit alors qu’il a « joué les vecteurs » en pointant du doigt Balthazar Daninos et Mickaël Chouquet, deux membres actifs de la compagnie.
Depuis, nous avons créé le spectacle Le t de n-1 dans les bois d’Augerville-la-Rivière, où nous a accueilli la compagnie.

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À chaque fois, il y a une forte intuition. Ou plutôt qu’une intuition, une envie. Celle qui fait qu’on se sent bien en vie le matin. Une envie derrière laquelle se cachent des questions. Les bonnes questions sont celles qui contiennent la possibilité de beaucoup d’autres questions. Les mauvaises trouvent une réponse et meurent.
Et bien sur il y a le doute qui, chaque jour, remet en question le tout de la veille.

Aux alentours de 2009, sur la terrasse d’un atelier à Augerville-la-Rivière, ou dans un grenier à Puteaux, ou dans un recoin du Père Tranquille aux Halles, j’entendis Clémence Gandillot prononcer ces mots : pour faire des parallèles, il faut tracer des perpendiculaires. C’était là une hypothèse tout à fait générale, bien sûr. Mais je le pris pour moi, je crus que cette métaphore s’appliquait à mon existence, puisque je m’efforçais alors de mener de front des études d’histoire et des travaux d’écriture pour la compagnie. Il n’était donc pas impossible de faire se rejoindre, sans qu’elles se croisent jamais, des perspectives résolument contradictoires.

Avec le groupe n+1, je tâchais d’abord d’exercer mes facultés d’observation, en regardant travailler des mathématiciens au tableau noir. Peu à peu, je me pris au jeu de l’exposition sur scène des résultats de mes recherches. Je montais donc sur les planches, qui dans L’apéro mathématiques n’en étaient pas vraiment : nous jouions partout (au départ) sauf sur un plateau de théâtre. Ce fut longtemps fragile. Il me fallut quelques spectacles pour apprendre à faire un pas pour me placer dans la lumière, à visser correctement une ampoule, à séparer le jaune du blanc des oeufs. Mes camarades de jeu, astucieux et constructifs, me guidèrent avec une tendre bienveillance, portés que nous étions par un principe d’action, le principe du collectif : se regrouper pour agir ensemble dans une direction donnée.

En 2020, à peu près, je quitte le noyau permanent des n+1, et redeviens un élément de la variable.

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