Le Journal d’une exploration sonore est un spectacle sonore et immersif, récit d’une exploration singulière à l’écoute d’un territoire de montagne, de ses populations et des espèces vivantes qui l’habitent. Le vivant, qu’est-ce que c’est ? Cette question, vécue au fil des saisons, des points de vue et des sensations, nous amène à découvrir un rapport de délicatesse, de tendresse avec ce vivant qui nous entoure et nous constitue ; l’écoute comme une manière d’être vivant.
La fabrication du Journal
Pendant une année, au rythme des saisons, le Groupe n+1 a sillonné le territoire grenoblois à la recherche du vivant. Il a rencontré des habitant·e·s, enregistré des paysages et composé le témoignage de cette exploration. Le Journal d’une exploration sonore est le fruit de la rencontre entre Christophe Havard, compositeur et preneur de son, amoureux d’une pratique appelée en anglais le Field Recording – enregistrement de terrain ou paysage sonore, de Mickaël Chouquet et Balthazar Daninos, explorateurs, artistes d’un théâtre situé et tous-terrains, et de Céline Diez, artiste plasticienne et scénographe. Cette performance théâtrale et sonore s’est nourrie de ces différents univers artistiques, des imaginaires de ces quatre artistes : une atmosphère rencontrée guide le choix d’une matière pour la scénographie, l’enregistrement poignant d’un habitant impulse une dramaturgie, une lutherie sommaire constituée au cours du voyage propose des situations scéniques, le caractère* d’une phonographie* devient source d’inspiration de l’écriture instrumentale, chantée ou jouée…
* Caractère : rythme, timbre, hauteur, mais aussi contenus narratifs.
* Phonographie : enregistrement sonore

Découvrez les extraits audios du spectacle, à écouter ici

Le Journal d’une exploration sonore
a été créé le 20 octobre 2022
à EXPERIMENTA La Biennale, Grenoble.
Il a vu le jour dans le cadre de la Résidence Terrestre, résidence de création proposée par l’Atelier Arts-Sciences, plateforme commune de recherche au CEA Grenoble et à l’Hexagone scène nationale arts sciences de Meylan.
Il est proposé au sein d’une installation scénographique et sonore, le Jardin d’écoute.
conception : Groupe n+1
Mickaël Chouquet, Balthazar Daninos, Céline Diez et Christophe Havard
jeu : Mickaël Chouquet, Balthazar Daninos et Christophe Havard
composition sonore : Christophe Havard
scénographie : Céline Diez assistée de Charlotte Bessières et Lilie Doire
conception lumières : Jean-Yves Courcoux, José Lopez
conception technique et régie technique : Florian Méneret
liste des « spécimens » : Léo Larroche
administration et production : Charlène Chivard, Laurène Bernard
diffusion : Louison Selmane
Ce spectacle est une production du Groupe n+1.
Coproduction : L’Atelier Arts-Sciences, plateforme commune de recherche au CEA Grenoble et à l’Hexagone Scène Nationale Arts Sciences – Meylan, Athénor – Scène nomade CNCM – Saint-Nazaire
Avec le soutien de la Fondation Daniel et Nina Carasso, du Vélo Théâtre années n+1 – scène conventionnée pour le théâtre d’objets et le croisement des arts et des sciences – Apt et de la Maison de la Nature et de l’Environnement à Grenoble.
Avec la complicité et les voix de Frédéric Berger (ingénieur derecherche au Laboratoire des écosystèmes et sociétés en montage), Jean-Pierre Chambon (pêcheur en Isère), Jérémy Damian (anthropologue), Camille De Toledo (essayiste et écrivain), Philippe Dubois (militant France Nature Environnement), Delphine Freida (ingénieure de recherche au CEA Grenoble), Serge Gros (ancien directeur du Conseil Architecture Urbanisme Environnement de l’Isère), Marc Higgin (anthropologue), Zoé Lacornerie (ancienne chargée de projets médiathèque environnement à la Maison de la Nature et de l’Environnement de l’Isère), Antoine Maillard (ingénieur de recherche au CEA Grenoble), Frédi Meignan (ancien gardien du refuge du Promontoire – gérant de l’Auberge de la Gélinotte), Anne-Lise Naizot (ancienne directrice de la Maison de la Nature et de l’Environnement de l’Isère), Jacques Pulou (militant France Nature Environnement).
avenir
passé
crédits : Stéphanie Nelson et Charlène Chivard

« Journal d’une exploration sonore » : une carte faite des sons du territoire
Mathieu Dochtermann
Journal d’une exploration sonore est une expérience ludique, spectaculaire et immersive proposée par le Groupe n+1, accueilli du 21 au 28 février 2026 au MAIF Social Club. En partant de matières sonores récoltées en arpentant le territoire avec Christophe Havard, les artistes Mickaël Chouquet et Balthazar Daninos composent un paysage sensoriel complexe et intriguant, qui peut s’aborder de mille façons différentes.
C’est pour moi si :
• je suis un·e amoureux·euse de la montagne, des espaces peu domestiqués, de tous les vivants qui nous entourent
• je valorise les spectacles qui mobilisent moins exclusivement un regard frontal, et qui s’adressent autant voire davantage à d’autres sens
• j’ai envie d’être pleinement immergée dans des matières qui vont me submerger avec douceur
Une scénographie-installation de bois et de laine
Au début est le territoire grenoblois. Ou, plutôt, au début est le vivant autour de Grenoble. Ou, peut-être plus justement, au début est l’aventure de trois hommes qui décident d’aller écouter ce que leur milieu raconte. Qui, en l’arpentant, veulent découvrir le pays dont ils sont les habitants au même titre que beaucoup d’autres vivants. C’est une enquête de l’ici et du maintenant, une exploration située, un glanage de sons et de matières à faire du son.
En résulte d’abord un paysage sous forme d’installation à visiter et à vivre : le Jardin d’écoute. Une scénographie-monde accueillante, avec ses matières naturelles aux tons très doux, sa laine moelleuse, et des dizaines de lés de papier sur lesquels sont tracés à l’encre de Chine les noms de quelques-uns des êtres peuplant le territoire exploré : « pinson » voisine avec « morille » ou « rhubarbe ». A défaut de pouvoir inviter tous ces vivants dans l’installation, les signifiants valent pour les signifiés. Au centre, un petit bassin d’eau ; là, une bûche ou même un tronc ; plus loin, une belle pierre sphérique ou un étrange amas de branchages enchevêtrés.
Quand le Jardin d’écoute fonctionne comme installation, cet environnement dissimule quelques points d’écoute discrets qui permettent d’entendre certaines des paroles recueillies pendant la collecte. Quand Journal d’une exploration sonore joue, il prend pour scène l’installation qui se mue en espace théâtral immersif, où le public peut se placer un peu à sa guise, qui assis sur de petits bancs de bois brut, qui allongé sur le sol recouvert de laine. Cette disposition qui bouscule les positions figées et distribue les points de vue, autorise plus facilement l’exploration tactile de l’environnement en même temps qu’elle autorise une grande proximité avec les trois interprètes, est une excellente idée. Il est adapté aux jeunes publics, en même temps qu’il contribue à mettre tous⸱tes les spectateur⸱ices dans un autre régime d’attention.
Une dramaturgie de la rencontre
Que vit-on, alors, pendant Journal d’une exploration sonore ? Réponse : ni plus ni moins que ce qui était annoncé… ou presque. Il s’agit effectivement de rendre compte par le son mais aussi par l’image et par le geste de ce que les trois explorateurs ont traversé, et découvert en cultivant une sorte d’émerveillement naïf. Christophe Havard est certes musicien mais il est surtout passionné de field recording : aussi la forme première des échantillons ramenés de cette expédition. La neige qui crisse sous les pas. Le clapotement d’un ruisseau. La voix d’un habitant humain. Le chant d’un oiseau. Journal d’une exploration sonore, par moments, donne profondément envie de se laisser aller, de fermer les yeux pour mieux goûter ce son spatialisé dans la salle, et le récit qui se tisse autour.
Car le carnet de voyage n’est pas fait que de ces sons enregistrés. Il y a aussi, au sens propre, les carnets de Mickaël Chouquet et de Balthazar Daninos, qu’ils tiennent à la main et dont ils lisent des passages, mettant ainsi en mots le projet, les expériences traversées, leur propre cheminement intérieur à mesure que leurs pas les mènent d’un bout à l’autre du milieu exploré. Et puis il y a des objets rencontrés puis rapportés, et donc présents sur scène : pierre, branche, bûches, appeau à oiseau, autant d’objets qui re-ancrent le récit dans le concret d’un territoire, et qui sont aussi utilisés pour leurs propriétés sonores, quand ils « sonnent ». Ainsi par exemple des morceaux de bois peuvent-ils se transformer en instruments percussifs pour dialoguer avec la guitare de Christophe Havard.
Mickaël Chouquet et Balthazar Daninos se déplacent dans l’espace de jeu, passent d’un objet à un autre, d’un micro à un autre, la plupart du temps avec des gestes doux, patients, mesurés. On est rappelé au fait que les jeux d’enfants ne sont pas toujours si innocents, et les relations des Sapiens avec le reste du vivant pas si apaisées, quand Mickaël Chouquet utilise une branche pour fendre l’air autour de lui, tel un d’Artagnan combattant les Gardes de Richelieu. Globalement, les deux artistes ont cependant non seulement une voix précise, posée, très agréable, mais également une grande considération pour les objets, qui contribue à renouveler le rapport d’attention à l’espace et à la matière.
Un spectacle écologique et néanmoins anthropocentré
On est parfois un peu saturé de toutes ces choses à écouter, à regarder, à suivre, à sentir, à comprendre. Il faut accepter de lâcher prise, de choisir sa façon d’être dans l’espace, la façon dont on ouvre un sens plutôt que l’autre à la proposition. Parfois, tout de même, on aimerait avoir un petit moment de respiration, pour faire le point et se recentrer, mais toujours le Journal d’une exploration sonore passe d’une rencontre à une autre, d’un son à un autre, comme un ruisseau qui, pour être globalement calme, n’en coule pas moins sans interruption. Cela a tout de même l’effet, très positif, de provoquer une immersion dans toute cette matière, qui fait que l’on s’oublie totalement.
Il y a une petite part de merveilleux, dans ce récit assez concret, qui détaille principalement les péripéties de l’exploration. La scénographie familière mais avec quelques détails un peu étranges, prépare déjà les consciences à accepter qu’une part de poésie animiste sera du voyage. Explorer la densité des objets avec les oreilles, au travers des sons qu’ils produisent, est une façon de brouiller les repères de la perception. Quand le miroir d’eau se couvre de brouillard qui en déborde, quand on se rend compte que les gouttes qui en rident la surface proviennent d’un bloc de glace en train de fondre, quand les lumières se tamisent, quelque chose de presque mystique s’invite dans la pièce. Dommage que cela ne s’étire pas un petit peu, que la rencontre fascinante avec un poisson géant, qui nous fait basculer soudain dans une autre réalité, s’achève aussi vite qu’elle a commencé.
La somme des efforts qui ont été faits pour rendre compte de toutes les entités rencontrées, ce que nous aimons bien appeler la « nature », est tout à fait louable. On sent la richesse, la surprenante diversité, de ce qui est découvert par ces trois spécimens d’hommes qui ont enfilé leurs chaussures de randonnée. Mais la part belle reste aux voix des humain⸱es rencontré⸱es ou interviewé⸱es, qui prennent la parole plus longtemps que n’importe quel ruisseau. Sans compter le point de vue des deux narrateurs, Mickaël et Balthazar, omniprésent. Journal d’une exploration sonore ne se cache donc pas d’être ce qu’il est : le point de vue situé, et anthropocentrique, d’artistes qui promènent leur regard et leur écoute dans un paysage de montagne. On se dit par moments que c’est dommage, et que les matières sonores et tactiques ne sont pas loin de raconter une autre histoire, sous l’histoire, que l’on aurait bien aimé apercevoir par une petite lucarne !
En somme, Journal d’une exploration sonore est une œuvre très belle et ludique, avec une création sonore particulièrement recherchée et réussie, mais également de belles images et des matières et des objets très bien choisis. C’est un récit candide, parfois amusant, parfois poétique, qu’on peut apprécier à absolument tous les âges. Une très belle réussite.
Le Journal d’une exploration sonore : Écouter la nature
Olivier Frégaville-Gratian d’Amore
Au MAIF Social Club, le Groupe n+1 invite petits et grands à une balade immobile au plus près du vivant. L’expérience sollicite l’écoute, déplace le regard et réveille les sens.
Au premier étage de ce lieu culturel du Marais, une fois la porte passée, la salle semble se métamorphoser en grotte. La pénombre aidant, l’atmosphère se fait ouatée, la ville s’efface déjà. Le voyage immobile commence. Des tapis recouvrent le sol, des coussins invitent à s’étendre. Quelques objets posés çà et là, font écho à la nature. Aux cintres, des kakémonos suspendus portent des noms de lieux, d’animaux, de plantes et ouvrent un espace propice au rêve, à la méditation.
Imaginée par Céline Diez, la scénographie prend la forme d’une véritable installation, Jardin d’écoute, accessible en dehors des représentations. Ce dispositif enveloppe le public, invite les enfants à se lover au sol et offre aux adultes un espace où déposer le quotidien pour enfin se détendre. Imperceptiblement, le voyage a déjà commencé.
Une balade sonore et visuelle
Une voix douce rompt le silence et pose les premiers jalons de cette performance. À la suite d’un colloque scientifique, Mickaël Chouquet et Balthazar Daninos, accompagnés de Christophe Havard à la création sonore, sillonnent durant deux ans le territoire grenoblois. Dans les montagnes alentour, ils rencontrent des habitantes et des habitants, partagent leurs expériences, enregistrent sur des enregistreurs sensibles les paysages, recueillent des voix.
Peu à peu, ces fragments composent une cartographie du territoire qui passe parles sens. Par moments, les paroles se retirent et laissent place aux sons. Les bruits de la ville surgissent d’abord, un bus, des vélos, puis s’éloignent. Le brouhaha se dissipe. L’eau coule au loin, les cailloux crissent sous les pas. À partir des entretiens menés en Isère, le trio tisse un conte contemporain qui poétise le réel.
Au centre, un bassin d’eau figure un lac puis, au gré des manipulations, devient marée de nuages ou voile de brouillard. Autour, les artistes frottent le bois, font vibrer les verres, composent en direct la matière sonore. La montagne iséroise prend forme, habitée de présences humaines, animales et végétales.
Une ballade immobile et immersive
Le voyage reste immobile mais aiguise l’attention. Il conduit à entendre autrement l’ordinaire du monde, à distance du vacarme quotidien. Le Journal d’une exploration sonore ouvre une parenthèse, suspend le temps. L’expérience déplace le regard, amène à considérer le vivant autrement et, surtout, à lui accorder le temps de l’écoute.
Lorsque la Résidence Terrestre a débuté, nous étions en pleine création de notre dernier spectacle, Le feu de l’action. Après avoir passé des mois dans notre laboratoire souterrain n+1, à tenter de comprendre comment remettre la main sur l’action, nous avons fait ce constat : nous devions en sortir et se confronter au terrain, partir à l’exploration d’un territoire. Nous avions alors l’intuition, sans trop savoir pourquoi, que cette aventure devait se mener par le son, être conduite par l’écoute.
Fidèle et précieuse collaboratrice Brigitte Lallier-Maisonneuve, directrice d’Athénor – Centre National de Création Musicale à Saint-Nazaire a proposé de nous accompagner dans l’exploration de ce nouveau continent, celui du sonore. C’est ainsi que nous avons rencontré Christophe Havard, compositeur et preneur de son, amoureux d’une pratique appelée en anglais le Field Recording – enregistrement de terrain ou de paysage sonore. Ensemble nous nous sommes lancés dans une première expédition autour de Saint-Nazaire et des marais de la Brière : nous tentions de saisir l’action dans son milieu naturel.
Le Journal d’une exploration sonore relate la suite de nos aventures sur le terrain, avec nos guides de l’Hexagone et de l’Atelier Arts Sciences autour de Grenoble et ses environs, sur les traces du vivant, en action.


Faire un feu
La mer de nuages
Jeux dans la neige
Snowman



Jouer à être des chercheurs.
Comprendre, saisir, capter ce qu’est le vivant.
Partir à l’aventure, jouer l’équilibriste au-dessus d’une rivière, s’inquiéter d’un son singulier au milieu d’une nuit calme au cœur de la forêt, retrouver l’émotion de l’enfant qui fouette l’air avec une branche.
La sensation de perdre pied dans une nature qui nous dépasse.
En chemin, se poser des questions. Rencontrer un alpiniste gardien de refuge, une biologiste dans un laboratoire, un pêcheur au bord de l’Isère, un anthropologue dans un café, et aussi, percevoir la neige, la brume, le froid, le silence d’une vieille maison en bois.
Aborder la rencontre d’un territoire à travers l’écoute, c’est nous laisser happer par le mouvement de l’air qui nous entoure, et nous laisser toucher par le son, caressant ou violent, qui surgit de toute part.
Et finalement partager avec vous ce vivant-là.