Cette chambre, je ne l’habite pas toute seule. Il y a d’autres présences, les gens qui vivaient ici avant. Avec le temps je m’y suis habituée. Là, ce doit être M. Kerst : son visage est tout flou. Je crois qu’il n’existe plus personne qui se souvienne de lui à présent, à part moi.
 
Tous les jours je les rencontre, nous nous tenons compagnie. Il y a un langage que j’ai appris. Souvent ils s’amusent à me surprendre et ça me plaît, ils apparaissent d’une manière nouvelle, il y a longtemps que ça ne m’effraie plus. Le plancher craque encore sous le poids de William Jan.
 
Posé là, il y a un insecte sous verre. Je l’aime beaucoup, les phasmes sont des animaux étonnants. Il y a des camouflages et des mues qui continuent même après la mort. Lui s’est arreté peu de temps après le départ d’Adèle Bellevoye.
 
Parfois, le soir, Gwendal Marguerite se couche sur mon lit, et nous attendons ensemble que le jour se lève.
 

Et les dents de lait ? La cachette derrière le radiateur ?